17 mai 2012
Même si j’étais en Europe depuis les cinq derniers mois, je suis resté très connecté à la crise actuelle. Merci aux réseaux sociaux et aux nouveaux médias, ils m’ont permis d’avoir un maximum d’informations. Je me croyais très au courant. Pourtant, c’est hier que le Printemps québécois m’a déviergé. Ce que j’ai vu hier, je n’en reviens toujours pas. Cette provocation et cette intimidation de la part du SPVM, j’aimerais mieux ne pas y croire. Des propos racistes à l’endroit d’une jeune Noire qui n’était même pas dans la manifestation, des jeunes filles qui se font traiter “d’esti d’lesbiennes laides”, un jeune homme à côté de moi qui se fait arrêter arbitrairement parce qu’il était sur la piste cyclable, des journalistes intimidés et frappés, une quinzaine de jeunes effrayés accotés au mur et encerclés par une trentaine d’anti-émeutes en attendant leur arrestation, des coups de matraque à des touristes qui ont eu la mauvaise idée de s’adresser aux policiers pour leur demander “what the fuck is going on?” et “where is the nearest metro?”. “Laissez les policiers faire leur travail” scandait à répétition le microphone. Désolé, moi j’ai une autre vision du mot “travail”. J’en ai vu pas mal des affaires et pourtant je ne suis resté qu’environ 30 minutes. Hier soir, je n’ai pas vu “d’agents de la paix” – ce nom me rappelle drôlement un certain livre de George Orwell – mais des robots enragés. Des filles qui pleurent, des gars qui crient leurs trips. Moi j’en tremblais. Ces tremblements se sont transformés en insomnie qui m’a inspiré ce texte.
La brutalité policière ne m’a jamais été extra-terrestre. J’ai vu pendant longtemps cette brutalité et ce dérapage d’un point de vue freudien. Pour moi elle prenait son sens au 15 mars de chaque année quand des policiers comblaient un manque de sexe en tapant sur des punks. Je voyais mal ces derniers mois comment cette brutalité pouvait être devenue si intense et répandu partout au Québec (je pense surtout à Gatineau, Québec, Victoriaville, Montréal et Sherbrooke). Puis hier, quand j’entendais des “retournez à l’école” et des “trouvez-vous une job” criées par des policiers en uniforme, j’ai compris que cela n’avait plus de rapport avec le cul et les fellations. Non, cette violence est strictement politique.
Pour ceux qui voient encore en rose, j’ai une petite nouvelle pour vous : nous n’avons pas de démocratie. Premièrement, nous avons un gouvernement qui a été élu par 24% de l’électorat québécois et hautement financé par des intérêts privés, voire criminels. Le gouvernement ne servant qu’à subvenir aux besoins de leurs grands donateurs pour faire encore plus d’argent. Puisque c’est un sujet chaud, prenons la hausse des frais de scolarité en exemple. Cette hausse est profitable pour seulement des institutions: les banques et le patronat. Les banques parce qu’elles vont jouir d’un profit monumental sur l’endettement accru des étudiants et le patronat puisqu’ils auront maintenant à leur service une masse grandissante de cheap labor. Je ne rentrerai pas dans la corruption et la collusion, je crois qu’on connait bien la chanson.
Deuxièmement, nous avons maintenant devant nous une police politique dont le but premier n’est pas la sécurité publique, mais la protection du gouvernement et de ses politiques.
Troisièmement, les médias de masse qui shoot d’la marde à n’en plus finir sont par définition biaisés à la base. Ici, je ne remets pas en question la bonne volonté des journalistes qui tentent de faire leur travail tant bien que mal, mais plutôt de leur liberté de presse à la source. Pour les trois plus grandes corporations médiatiques au Québec, le lien est facilement démontrable avec le gouvernement. La première, Quebecor, vient de recevoir du gouvernement libéral son financement pour construire un amphithéâtre tout neuf à Québec et a également reçu l’appui des libéraux dans son conflit syndical et devant la loi antiscab. On ne mord pas la main qui nous nourrit. La deuxième, Radio-Canada, comme nous le savons, la chaîne d’État a pour mandat de préserver “l’unité canadienne”. Comment cette chaîne pourrait-elle vouloir nuire au seul parti strictement fédéraliste au Québec? La troisième, Power Corporation, grands chums de Sagard : les Libéraux et les Desmarais marchent, depuis les années 1980, main dans la main dans la même direction. À part ça, je ne connais pas trop c’est quoi le délire de la Presse canadienne, donc je n’en parlerai pas.
Devant cette “corruption” médiatique, j’appelle les gens à exploiter le vrai sens du mot boycott et à utiliser les réseaux sociaux et les nouveaux médias comme source d’information. Ce n’est pas en écoutant RDI et LCN qu’on va se faire une idée de ce qui se passe en ce moment.
La lutte n’est pas étudiante et ne l’a jamais été. J’vais peut-être sonner un peu trop old school et marxiste si j’utilise le terme “lutte de classe”, mais j’ai bien l’impression que c’est ça qu’on a dans la face. Il s’agit bien de la lutte de la société québécoise contre celle qui profite de celle-ci. “On est loin du «Maître de chez nous»”. Notre gouvernement, les banques, les minières, les multinationales, la mafia et la police profitent de nous comme si on était un gros méchoui. C’est le party au Québec! On paye pour que ces gens là s’enrichissent sur notre dos.
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18 mai 2012
Vient la loi spéciale! Une manière polie du gouvernement pour ne pas dire “loi sur les mesures de guerre”. Oui, elle est très spéciale cette loi! Voilà qu’en deux jours nous avons perdu nos droits d’associations et de manifester. Les historiens doivent capoter en ce moment parce qu’on vient de vivre le renversement d’un État de droit (ouin, enfin) à un État policier. Malade pareil?
Ils n’avaient même pas eu à faire la loi que déjà cette semaine la police a arrêté le professeur Thibault Martin de l’UQO dans le couloir parce qu’il a dénoncé la brutalité policière (entrave au travail des agents de la paix) et le fucking panda (oui, oui la mascotte de panda) par mesure préventive. Pi Gabriel Nadeau-Dubois en cour? C’est sérieux?
En écrivant ces prochaines lignes, je suis un criminel aux yeux de notre gouvernement spécial et de sa loi libérale (le lapsus est voulu), mais je les écris quand même parce que comme beaucoup de Québécois aujourd’hui, je considère que l’avenir du Québec vaut plus que la mienne.
Si le gouvernement ne respecte pas son peuple, le peuple n’a pas à respecter son gouvernement. Jean Charest a perdu toute crédibilité de démocrate et n’a plus aucune autorité morale face aux Québécois. Nous nous devons de se lever devant cet affront quasi impensable. J’en appelle à la désobéissance civile globale. Si le gouvernement veut prendre “tous les moyens nécessaires” pour nous écraser, nous devrons les prendre pour y résister. Ne fléchissons pas. Nous sommes proches de la défaite, mais encore plus proches de la victoire. Nous sommes tous impliqués. Nous sommes tous Québécois. Libérons le Québec!
Le gouvernement demande que la CLASSE dénonce les actes de vandalisme commis contre des ministères – actions dont on ne connait toujours pas les responsables – pour que l’association puisse prendre part aux discussions sur le financement des universités. Pourquoi la CLASSE devrait-elle les dénoncer alors que personne ne le fait vraiment, à part le gouvernement lui-même et les chroniqueurs bas de gamme? Y aurait-il un certain malaise à dénoncer ces gestes qui « semblent » être commis par des étudiants, quand pendant 10 semaines, devant un mouvement pacifique, le gouvernement à laissé la police battre allègrement les étudiants (matraques, gaz irritants, bombes assourdissantes, à l’appui) sans aucun remord? Sommes-nous devenus matérialiste au point où des fenêtres ont plus de valeur que des humains aux yeux de la société?! Je crois qu’en faisant la sourde oreille à 200 000 grévistes durant dix semaines, le gouvernement cautionne et alimente lui-même l’escalade de violence.
Le gouvernement martèle aux étudiants de manifester pacifiquement et de ne pas déranger. Justement, il ne veut pas qu’ils dérangent, parce que c’est quand que le peuple dérange que les choses changent. Il est clair que Jean Charest préférerait probablement que les étudiants manifestent pacifiquement 2-3 heures et rentrent paisiblement chez eux. Lui il n’a qu’à attendre que le temps passe et en plus il n’a même plus à parler de corruption. Tout va bien!
Si le gouvernement veut entendre quelqu’un dénoncer le vandalisme, je peux m’en occuper. Le vrai vandalisme. Le vandalisme que Jean Charest fait depuis 9 ans sur nos institutions publiques, notre système social, notre langue, notre culture, notre argent, nos richesses naturelles. Voilà ce que je dénonce. En coupant dans la corruption, en imposant adéquatement les super riches, en arrêtant de subventionner des multinationales : on risque de trouver pleinement d’argent pour financer une éducation de qualité et accessible et même surement assez pour re-fenestrer et re-peinturer tous les bâtiments ministériels au Québec!
Ce gouvernement m’enrage chaque jour. Ils tentent de faire du Québec un endroit plate. Un endroit où huit millions de petit moutons devraient travailler pour payer ses dettes. Un endroit où l’économie surpasse la créativité. Un État policier qui matraque n’importe qui dénonçant une injustice. Ce gouvernement voudrait qu’on reste le petit peuple québécois silencieux, qui prend son trou. Une « Belle petite province » qui a un peu peur du changement et qui se dit tout le temps « Ben non, ça vaut pas la peine! Donnons encore une autre chance au Canada, c’est des gens gentils tsé », il veut que le Québec soit un endroit où le peuple se sente mal de réclamer quoi que ce soit, même ce qui est normal. Voilà ce que je dénonce!
Le gouvernement et les forces de l’ordre sont en train de vandaliser une génération complète, voir un peuple et son avenir. S’attendent-ils vraiment que les leaders du mouvement étudiant (CLASSE, FECQ, FEUQ) dénoncent des gens qui jettent de la peinture sur des murs?
Tout à l’heure, je me rends à la conférence que donne Jean Charest à l’IFRI à Paris. Le premier ministre du Québec y vient vanter ses actions en matière de “développement économique et sur la création de la richesse, dans un souci de rayonnement international et de pérennité des programmes sociaux du Québec”. J’y vais pour lui poser la question suivante:
Monsieur Charest,
Comment un chef d’État digne de ce nom, peut-il se permettre d’aller vanter la qualité de ses services sociaux à l’international quand il fait face, chez lui, à une crise majeure et près de 200 000 étudiants en grève? Comment un chef d’État peut-il avoir à dire quoi que ce soit sur le développement économique quand il est en train de sacrifier nos ressources naturelles au profit de multinationales étrangères tout en saccageant les systèmes d’éducation et de santé pour cause de manque de fonds? Comment peut-il se permettre de venir parler de langue française en France alors qu’on ne cesse de répéter que le Québec s’anglicise? Comment un homme sensé peut-il s’adonner à des rencontres diplomatiques pendant que son État se transforme en État policier pour écraser sa jeunesse? Monsieur Charest, devrons-nous regretter la mort d’un(e) jeune québécois(e) avant que vous vous asseyiez à table des négociations avec votre peuple?